Vers la renaissance de la IVe Internationale

Vers la renaissance de la IVe Internationale

PROJET DE RESOLUTION SUR LE MOUVEMENT MONDIAL, soumis par la Revolutionary Tendency au Congrès de 1963 du Socialist Workers Party (SWP). Ce texte fut soumis comme contre-projet de résolution en opposition à la résolution de la direction du SWP, « Pour une réunification prochaine ».

14 Juin 1963

INTRODUCTION

Depuis quinze ans, le mouvement fondé par Léon Trotsky est déchiré et connaît une crise théorique, politique et organisationnelle profonde. En surface, la façon dont cette crise s’est manifestée, c’est que la Quatrième Internationale a disparu en tant que structure significative. Le mouvement s’est, par conséquent, réduit à un tas de groupuscules nominalement organisés en trois tendances : le « Comité International », le « Secrétariat International (Pablo) » et le « Secrétariat International (Posadas) ». Des politiciens superficiels espèrent conjurer la crise avec une formule organisationnelle – « l’unité » de tous ces groupuscules qui veulent bien s’unifier autour d’une plate-forme programmatique au plus petit dénominateur commun. Cette proposition camoufle et, en fait, aggrave les causes politiques et théoriques fondamentales de la crise.

Ce qui est à la racine de la crise de notre mouvement est devenu clair avec l’apparition du révisionnisme pabliste : c’est l’abandon d’une perspective ouvrière révolutionnaire. Comme il y a eu une relative stabilisation du capitalisme dans les Etats industriels occidentaux et que des mouvements petits-bourgeois ont partiellement réussi à renverser la domination impérialiste dans certains pays arriérés, la tendance révisionniste à l’intérieur du mouvement trotskyste a élaboré une orientation qui se détourne du prolétariat pour se rapprocher des directions petites-bourgeoises. Pablo personnifie cette transformation du trotskysme en satellite de gauche des directions ouvrières et coloniales-révolutionnaires existantes, combinée à une orthodoxie en paroles, classique du centrisme, mais ce n’est l’exclusivité ni de Pablo ni de sa tendance organisée. Au contraire, il est devenu évident avec les révolutions cubaine et algérienne que la tendance centriste est tout aussi répandue dans certains groupes qui, à l’origine, s’étaient opposés à la tendance de Pablo.

Il y a une logique nette et manifeste dans les propositions de réunification prochaine des groupes centristes à l’intérieur du mouvement trotskyste. Mais une « réunification » sur la base d’une politique centriste ne peut pas signifier que la Quatrième Internationale a été reconstruite. La lutte pour la Quatrième Internationale c’est la lutte pour un programme qui incarne la perspective ouvrière révolutionnaire du marxisme. Il est vrai que les doctrines de base du mouvement, en tant que formulations abstraites, n’ont pas été formellement reniées. Mais concrètement les révisionnistes, par leur abandon d’une perspective révolutionnaire, remettent en cause les bases programmatiques de notre mouvement.

L’essence du débat dans le mouvement trotskyste c’est la question de quelle perspective le prolétariat et ses éléments d’avant-garde révolutionnaire doivent avoir vis-à-vis des directions petites-bourgeoises du mouvement ouvrier actuel, des Etats ouvriers déformés et de la révolution coloniale. Ce qui est au coeur de la perspective révolutionnaire du marxisme c’est la lutte pour l’indépendance des ouvriers en tant que classe par rapport à toutes les forces non prolétariennes ; la question politique qui doit nous guider, le critère théorique, c’est la démocratie ouvrière, dont l’expression suprême est le pouvoir de la classe ouvrière. Cela s’applique à tous les pays où le prolétariat est devenu capable d’avoir sa propre politique indépendante – seule la forme dans laquelle la question se pose varie d’un pays à l’autre. Ces formes, bien entendu, déterminent l’intervention pratique des marxistes.

L’EUROPE

5. Contrairement à ce que prétendent les révisionnistes de tous acabits, la reprise économique et la prospérité durable du capitalisme européen n’ont pas rendu le mouvement ouvrier plus conservateur. En réalité, aujourd’hui dans le prolétariat européen la force, la cohésion, le niveau culturel et la combativité potentielle sont plus élevés que jamais. Cela est illustré par la défaite de de Gaulle face aux mineurs français [1963] et le puissant tournant électoral vers la gauche, qui va s’accélérant dans les pays bourgeois-démocratiques d’Europe (et plus particulièrement en Italie, en Grande-Bretagne et en Allemagne).

6. La résistance et la trahison de la bureaucratie syndicale ont bloqué les tentatives faites par les ouvriers européens d’aller au-delà des luttes économiques partielles vers la transformation socialiste de la société. En France, les quatre années de réaction qui ont suivi la prise du pouvoir par de Gaulle montrent quel prix terrible il faut encore payer quand on tolère ces fourvoyeurs. La grève générale belge [de 1961] a prouvé encore une fois que des bureaucrates de « gauche » comme Renard font aussi tout ce qui est en leur pouvoir pour bloquer ou détourner un mouvement capable de menacer la domination capitaliste. Mais les expériences tant en France qu’en Belgique sont l’indice d’un désir spontané de la part des ouvriers de s’engager dans une lutte contre la classe capitaliste – un désir qui à l’occasion produit des confrontations ouvertes avec le système.

La tâche des trotskystes dans le mouvement ouvrier européen est de construire une direction alternative à l’intérieur des organisations de masse (syndicats et, dans certains cas, partis). Les marxistes doivent à tout moment maintenir et exercer leur indépendance politique et programmatique dans le contexte de la forme de l’organisation donnée. Il est correct et même obligatoire de soutenir des tendances à l’intérieur de la bureaucratie syndicale, dans la mesure où celles-ci défendent les intérêts essentiels de la classe ouvrière ou reflètent un désir de lutte de classes dans le mouvement ouvrier ; mais ce soutien est toujours seulement conditionnel et critique. Lorsque la lutte des classes atteindra le stade où les bureaucrates « de gauche » joueront un rôle réactionnaire, ce qui arrivera inévitablement, les marxistes devront s’opposer à eux, immédiatement et ouvertement. La conduite de la tendance centriste regroupée autour du journal belge La Gauche, qui a retiré son appel, correct, à une marche sur Bruxelles lors de la grève générale, afin d’éviter la rupture avec Renard, est à l’opposé de ce que doit être l’attitude marxiste envers la bureaucratie syndicale.

Objectivement les perspectives de développement du mouvement trotskyste en Europe sont extrêmement prometteuses. Un grand nombre de jeunes militants, parmi les meilleurs de tous les pays, rejettent le routinisme cynique et arriviste des bureaucrates staliniens et sociaux-démocrates, et sont sérieusement à la recherche d’une perspective socialiste. Ils peuvent être gagnés à un mouvement capable de les convaincre, en pratique et en théorie, qu’il offre cette perspective. Les changements structurels qui découlent de l’intégration européenne posent la question de la démocratie ouvrière et de l’indépendance des organes politiques et économiques de la classe ouvrière pour remplacer le contrôle du mouvement ouvrier par l’Etat. Ils poussent aussi la classe ouvrière dans des luttes de classe de plus en plus importantes. Si dans ces conditions objectives, les trotskystes d’Europe de l’Ouest ne grossissent pas rapidement, ce sera parce qu’ils ont eux-mêmes adopté la position révisionniste d’être des satellites de la direction ouvrière, au lieu d’avoir une perspective de lutte autour du programme de la démocratie ouvrière.

  

LE BLOC SOVIETIQUE

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les pays d’Europe de l’Est sont devenus des Etats industriels modernes. Au fur et à mesure que le prolétariat des Etats ouvriers déformés augmente en nombre et améliore son niveau de vie et son niveau culturel, le conflit irrépressible entre la classe ouvrière et la bureaucratie stalinienne s’intensifie. Malgré la défaite de la révolution ouvrière hongroise, le prolétariat du bloc soviétique a gagné des réformes importantes, qui élargissent substantiellement son champ de pensée et d’action. Mais ces réformes ne signifient pas qu’il y ait un «processus de réforme » ou un « processus de déstalinisation » : elles n’ont été accordées qu’à contrecoeur par une bureaucratie non réformable, elles subissent les attaques constantes de la fraction des « héritiers de Staline » et seront en danger aussi longtemps que la domination stalinienne sera en place. Ces concessions ne sont historiquement significatives que dans la mesure où elles aident le prolétariat à se préparer au renversement de la bureaucratie. Ce n’est que par la révolution politique que l’on pourra effectuer une déstalinisation authentique.

Une nouvelle direction révolutionnaire est en train d’émerger dans la jeunesse prolétarienne du bloc soviétique. Inspirée par des sources jumelles – la tradition léniniste inextinguible et les besoins directs et tangibles de sa classe – la nouvelle génération formule et réalise dans la lutte le programme de la démocratie ouvrière. Il faut noter, dans ce contexte, ce que déclarait un participant de longue date à la vie étudiante soviétique. A propos de la nature fondamentale de la plupart de l’opposition répandue dans la jeunesse russe, il affirmait : « L’étudiant soviétique, parce qu’il est marxiste-léniniste, est plus radicalement insatisfait que s’il était un pragmatiste anglo-saxon » (David Burg auNew York Times). Les trotskystes, continuateurs directs du communisme de la première période, ont une contribution indispensable à faire à cette lutte : la conception d’un parti international et celui du programme de transition nécessaire pour mener à terme la révolution politique. Une des tâches pratiques les plus importantes pour toute direction internationale digne de ce nom, c’est d’aider au développement d’une direction révolutionnaire dans le bloc soviétique, par des contacts personnels et idéologiques.

LA REVOLUTION COLONIALE

C’est dans les endroits du monde les plus arriérés et ex-coloniaux que la signification programmatique de la démocratie ouvrière est la plus forte. C’est précisément dans ce secteur que le programme de la démocratie ouvrière trace la ligne de démarcation la plus claire possible entre les tendances révolutionnaires et les tendances révisionnistes. Dans tous ces pays, la lutte pour les droits démocratiques bourgeois (liberté d’expression, droit de s’organiser, droit de grève, élections libres) est très importante pour la classe ouvrière parce qu’elle jette les bases d’une lutte avancée pour la démocratie prolétarienne et le pouvoir prolétarien (contrôle ouvrier de la production, pouvoir d’Etat basé sur des soviets ouvriers et paysans).

Selon la théorie de la révolution permanente, fondamentale pour notre mouvement, la révolution démocratique-bourgeoise ne peut être accomplie que par la victoire et l’extension de la révolution prolétarienne, le couronnement de la démocratie ouvrière. L’expérience de tous les pays coloniaux a confirmé cette théorie et a mis à nu les contradictions internes manifestes qui perturbent continuellement l’état actuel de la révolution coloniale contre l’impérialisme. C’est précisément dans les Etats qui ont atteint leurs buts bourgeois d’indépendance nationale et de réforme agraire que les ouvriers et les paysans n’ont pas obtenu de droits politiques démocratiques, malgré les acquis sociaux. C’est particulièrement vrai dans les pays où la révolution coloniale a abouti à la formation d’Etats ouvriers déformés : la Chine, le Nord-Vietnam… et Cuba. Jusqu’à présent, le résultat de ces succès a été contrecarré. Il est soit essentiellement sans contenu, comme dans les néocolonies du modèle africain, soit profondément déformé et limité, comme par exemple en Chine. C’est la prédominance de forces de classe spécifiques dans les soulèvements coloniaux et de formes liées à une classe particulière qui ont été employées dans les luttes. Ces formes imposées à la lutte, si variées soient-elles, ont été imposées exclusivement « par le haut », qu’elles soient parlementaires ou militaro-bureaucratiques. Et les forces de classe en question ont été, bien sûr, bourgeoises ou petites-bourgeoises. Les antagonismes complexes, résultant du fait que la révolution démocratique-bourgeoise n’a pas été accomplie, conduisent à des oppositions de classes. Les directions petites-bourgeoises, avec leurs formes bureaucratiques et leurs méthodes empiriques s’opposent à la participation à la lutte des ouvriers en tant que classe. L’engagement de la classe ouvrière dans la lutte est forcément centrée sur la conquête de la démocratie ouvrière et nécessite que l’avant-garde prolétarienne révolutionnaire en prenne la direction avec la conscience programmatique de sa mission historique. C’est quand la classe ouvrière gagne de l’influence dans la lutte et draine derrière elle les couches les plus opprimées de la petite-bourgeoisie que la révolution permanente peut aller de l’avant.

La Révolution cubaine a mis en lumière les vastes incursions du révisionnisme dans notre mouvement. Sous prétexte de défendre la révolution cubaine, ce qui est une obligation pour notre mouvement, certains ont soutenu à fond, inconditionnellement et sans critiques, la direction de Castro, en dépit de sa nature petite-bourgeoise et de son régime bureaucratique. Et pourtant la liste des droits démocratiques que le régime refuse aux ouvriers et aux paysans cubains est claire : les dirigeants démocratiquement élus du mouvement ouvrier ont été chassés bureaucratiquement et remplacés par des larbins staliniens ; la presse trotskyste a été interdite ; le système de parti unique a été proclamé, etc. Côte à côte avec ce bilan, il y a les premiers accomplissements énormes, au niveau social et économique, de la Révolution cubaine. Aussi les trotskystes sont à la fois les défenseurs les plus militants et inconditionnels de la Révolution cubaine, et de l’Etat ouvrier déformé qui en est issu, contre l’impérialisme ; mais ils ne peuvent pas faire confiance ou apporter leur soutien politique, si critique soit-il, à un régime gouvernemental hostile aux principes et aux pratiques les plus élémentaires de la démocratie ouvrière, même si notre démarche tactique n’est pas la même que celle qui serait utilisée à l’égard d’une caste bureaucratique endurcie.

Ce qui est vrai de la démarche des révisionnistes envers le régime de Castro est encore plus évident vis-à-vis du régime de Ben Bella, actuellement au gouvernement en Algérie avec un programme de révolution « socialiste » qui collabore avec l’impérialisme français. La nature antiprolétarienne de ce groupe petit-bourgeois est évidente pour tout le monde, sauf pour ceux qui ne veulent pas voir : il a pris de force le contrôle du mouvement ouvrier et a supprimé tous les partis d’opposition. Même les nationalisations étendues et le développement des comités d’autogestion, faits dans le contexte de l’expropriation politique de la classe ouvrière et de l’orientation économique vers la collaboration avec la France, ne peuvent pas donner à l’Algérie le caractère d’un Etat ouvrier ; au contraire elle reste une société capitaliste arriérée avec un degré élevé d’étatisation. Pour nous, révolutionnaires, l’intervention dans ces deux révolutions, comme dans tout Etat existant, doit être en accord avec la position de Trotsky : « Nous ne sommes pas un parti gouvernemental, nous sommes le parti de l’opposition irréconciliable » (Défense du marxisme). Il n’y a que dans un gouvernement basé vraiment sur la démocratie ouvrière que nous pouvons cesser de le faire.

L’expérience depuis la Deuxième Guerre mondiale a montré que la guérilla basée sur la paysannerie avec une direction petite-bourgeoise ne peut mener en elle-même à rien de plus qu’à un régime bureaucratique antiprolétarien. La création de tels régimes s’est réalisée dans une situation de dégénérescence de l’impérialisme, de démoralisation et de désorientation occasionnées par les trahisons staliniennes et par l’absence d’une direction marxiste révolutionnaire de la classe ouvrière. La révolution coloniale ne peut avoir de signification révolutionnaire progressiste sans équivoque que sous la direction du prolétariat révolutionnaire. Que des trotskystes introduisent dans leur stratégie le révisionnisme sur la question de la direction prolétarienne de la révolution est une profonde négation du marxisme-léninisme, quels que soient les voeux pieux exprimés en même temps en faveur de « la construction de partis marxistes révolutionnaires dans les pays coloniaux ». Les marxistes doivent s’opposer résolument à toute acceptation aventuriste de la voie de la guérilla paysanne au socialisme, historiquement apparentée au programme tactique des socialistes-révolutionnaires que combattait Lénine. Cette voie est un cours suicidaire pour les buts socialistes du mouvement ; elle est peut-être aussi physiquement suicidaire pour les aventuriers qui la prennent.

Dans tous les pays arriérés où le prolétariat existe en tant que classe, le principe fondamental du trotskysme c’est l’indépendance de la classe ouvrière, de ses syndicats et de ses partis, en opposition intransigeante à l’impérialisme, à toute bourgeoisie libérale nationale et aux gouvernements et partis petits-bourgeois de toutes sortes, y compris ceux qui se réclament du « socialisme » et même du « marxisme-léninisme ». Ce n’est que de cette façon que l’on peut préparer le terrain pour l’hégémonie de la classe ouvrière, en alliance révolutionnaire avec les couches opprimées de la petite-bourgeoisie, en particulier la paysannerie. De même, si un parti prolétarien dans un pays avancé brise la solidarité de classe avec les ouvriers d’un pays arriéré en soutenant politiquement un gouvernement petit-bourgeois de révolution anticoloniale, c’est un signe certain d’opportunisme centriste ; tout comme le refus de défendre une révolution coloniale à cause du caractère non prolétarien de sa direction est un signe de sectarisme, sinon pire.

Le rapport entre les luttes démocratiques-bourgeoises et démocratiques-prolétariennes dans la révolution coloniale reste tel qu’il le fut formulé dans le programme de fondation de la Quatrième Internationale, et c’est une formule qui garde encore aujourd’hui toute sa validité :

« Il est impossible de rejeter purement et simplement le programme démocratique : il faut que les masses elles-mêmes dépassent ce programme dans la lutte. Le mot d’ordre de l’ASSEMBLEE NATIONALE (ou CONSTITUANTE) conserve toute sa valeur dans des pays comme la Chine ou l’Inde. Il faut lier indissolublement ce mot d’ordre aux tâches de l’émancipation nationale et de la réforme agraire. Il faut, avant tout, armer les ouvriers de ce programme démocratique. Eux seuls peuvent soulever et rassembler les paysans. Sur la base du programme démocratique révolutionnaire, il faut opposer les ouvriers à la bourgeoisie “nationale”.

« A une certaine étape de la mobilisation des masses sur les mots d’ordre de la démocratie révolutionnaire, les soviets peuvent et doivent surgir. Leur rôle historique dans chaque période donnée, en particulier leurs rapports avec l’assemblée nationale, est déterminé par le niveau politique du prolétariat, par la liaison entre celui-ci et la classe paysanne, et par le caractère de la politique du parti prolétarien. Tôt ou tard, les soviets doivent renverser la démocratie bourgeoise. Eux seuls sont capables de mener la révolution démocratique jusqu’au bout et d’ouvrir ainsi l’ère de la révolution socialiste.

« Le poids spécifique des diverses revendications démocratiques et transitoires dans la lutte du prolétariat, leurs liens mutuels et leur ordre de succession sont déterminés par les particularités et les conditions propres de chaque pays arriéré, pour une part considérable par le degré de son retard. Cependant, la direction générale du développement révolutionnaire peut être déterminée par la formule de la REVOLUTION PERMANENTE, dans le sens qui a été définitivement donné à cette formule par trois révolutions en Russie (1905, février 1917, octobre 1917). »

—L’Agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale

CONCLUSIONS

La tâche du mouvement marxiste révolutionnaire international aujourd’hui, c’est de rétablir sa propre et réelle existence. Dire que la « conquête des masses » est ce qui nous guide au niveau général et international est une exagération qualitative. Les tâches de la plupart des sections et groupes trotskystes aujourd’hui découlent du besoin de clarification politique dans la lutte contre le révisionnisme dans le contexte d’un niveau de travail dont la nature est généralement propagandiste et préparatoire. Le développement et le renforcement de racines dans le mouvement prolétarien plus large fait indispensablement partie de notre préparation ; sans quoi les trotskystes seraient condamnés à l’isolement stérile ou à la dégénérescence politique durant les périodes de montée des luttes de classe ; dans les deux cas ils seraient incapables d’aller de l’avant dans leur tâche historique qui est de mener le prolétariat au pouvoir. Mais surtout ce qu’on peut et doit faire, c’est construire un parti mondial basé solidement sur des sections nationales fortes, rassembler un groupe de cadres prolétariens gagnés et mis à l’épreuve dans la lutte de classe et sur la base solide de la perspective révolutionnaire de la Quatrième Internationale, le programme nécessaire à la réalisation de la démocratie prolétarienne – culminant avec la classe ouvrière au pouvoir. « En défense d’une perspective révolutionnaire »(voir Discussion Bulletin du SWP, vol. 23, n° 4, juillet 1962) contient une déclaration fondamentale présentée par la minorité, qui explique plus amplement cette perspective, son opposition au pablisme et son importance aux Etats-Unis.

La « réunification » du mouvement trotskyste sur la base centriste du pablisme, quelle qu’en soit la variante, serait un pas en arrière et non pas en avant vers la renaissance de l’authentique Quatrième Internationale. Mais si la majorité des groupes trotskystes actuels persiste dans le sens d’une telle « réunification », la Tendance révolutionnaire du mouvement mondial ne devrait pas tourner le dos à ces cadres. Au contraire : faire cette expérience avec eux est d’une nécessité vitale. La Tendance révolutionnaire entrerait dans un mouvement « réunifié » en tant que fraction minoritaire, en se donnant pour but de gagner une majorité au programme de la démocratie ouvrière. Ce n’est pas en s’adaptant au révisionnisme pabliste que la Quatrième Internationale renaîtra : ce n’est que par une lutte politique et théorique contre toutes les formes de centrisme que le parti mondial de la révolution socialiste sera finalement établi.

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